La Voie de Bouddha
Théophile de Wallensbourg
Maïmonide voit au comble de la vie humaine – comme le point singulier qui définit toute la métrique de l’être humain – la possibilité d’atteindre un niveau où la recherche de l’utile est suspendue, où la connaissance est inexploitable. C’est ce point qui fait de l’œuvre du Rambam une unité dans laquelle il n’y a ni « double foi » ni contradiction entre le métaphysicien qui s’adresse aux élites et le rabbin qui s’adresse au peuple.
Et voici le but des commandements : « L’ensemble de la Loi a pour but deux choses, à savoir le bien-être de l’âme et celui du corps » Evidemment on ne peut atteindre le bien-être de l’âme, cette perfection sublime, qu’après avoir obtenu le bien-être du corps (qui ne pense pas à la devise romaine mens sana in corpore sano ?). Soulignons que la bonne organisation de la société (sidur inyan hamedini) et les mœurs utiles (midot moïlot), c’est-à-dire ce qu’on appelle souvent la morale, font partie du tiqun haguph, et sont donc subordonnées à l’autre perfection, tikun hanephesh, qui est – exprimée dans les termes aristotéliciens – la raison en acte.
Sur Alexandre d’Aphrodisias : « Un lecteur moderne, qui n’a pas baigné toute sa vie dans les œuvres d’Aristote, trouve que le mot divin est très rare et s’étonne peut-être de savoir comment les penseurs religieux du Moyen Âge y trouvent une description de leur Dieu. Pour Alexandre, professeur païen de la philosophie aristotélicienne, toute la structure métaphysique de la pensée du maître trouve son point de repos dans cette instance éternelle, immobile et autosuffisante. Cet intellect est évidemment divin et représente la fin de l’être humain, son telos, parce qu’il ne sert pas à autre chose. »
Sur Maïmonide : « Quatre cents ans avant Joseph Caro, Moshe ben Maïmon, codificateur également, cherche à expliquer à ses lecteurs juifs que dans son comble l’homme agit d’une manière désintéressée, pour l’amour de Dieu. Seulement attiré par la perfection, sans être motivé par une éventuelle récompense, il obtient la connaissance de Dieu. Il faut sortir de la spirale infernale : en calculant le gain, l’homme ne trouvera pas la raison d’être. »
Robert Germar a fait ses études de Physique théorique, de Mathématiques et du Grec à la Freie Universität Berlin et vit depuis 1995 à Paris. Il travaille dans l’industrie où il a exercé des postes en Recherche et Développement, en Production et depuis 2007 à nouveau dans la Recherche.