Alain Tchungui
Petite ville
Romans / Nouvelles
La petite ville est agréable à contempler. On la voit de partout et c'est toujours la même île de pierres accumulées émergeant d'une mer de verdure. D'entre les pierres, il surgit quelques rocs sveltes et dentelés ; ce sont les flèches de ses églises, jadis phares des âmes. De toutes ces pierres, à des heures, tombe la voix des cloches, l'air limpide se résout en musique, comme, l'hiver, l'air gris se fond en pluie. Les ondes se sont dispersées ; rassuré, le silence recommence sa promenade éternelle le long des rues mortes.
Remy de Gourmont
Ma petite ville est agréable à contempler. Elle est à son avantage quand on s'en approche par la route de la mer, qui la surplombe. D'un parterre de pierre et d'ardoise épousant les rondeurs de la colline, émergent les flèches de la cathédrale. Celle-ci paraît immense, comme se haussant pour mieux surveiller sa bourgade. L'après pluie, lustrant les toits d'ardoise, enjolive souvent ce spectacle d'une myriade de losanges qui scintillent tour à tour : ma petite ville ressemble alors à un modeste diamant gris.
Alain Tchungui
Extrait
Remy de Gourmont
LE COLIMAÇON
(1913)
Ce n'est pas un mollusque, c'est une sorte d'édifice en verdure, un labyrinthe de charmille qui s'élève dans un coin du jardin des plantes. On en voit parfois de tels dans les vieilles estampes. Celui-là, qui date du XVIIIème siècle, est fort beau. Les Anglais viennent le voir. Il figure dans les guides et sur les cartes postales. Ce n'est d'ailleurs qu'une des curiosités du jardin des plantes, célèbre dans le monde touriste. Il se glorifie aussi d'un cèdre gigantesque, d'un tas d'arbres de la plus belle venue, d'un Manneken-Piss à peine plus décent que celui de Bruxelles et d'un choix de palmiers, cédratiers, orangers avec leurs oranges, camélias en pleine terre et autres arbustes rares qui s'accommodent d'un climat extrêmement doux. Mais la verdure y vient si bien qu'elle est comme une prison pour les fleurs. C'est le paradis des arbres. Une branche plantée en terre y prend aussitôt racine et devient en quelques saisons arbre à son tour. Toutes les nuances du vert s'y rencontrent et brodent sur le ciel les plus belles tapisseries. J'écris près d'une fenêtre donnant sur cette tapisserie mouvante que le vent fait vaciller avec un bruit très doux de vagues. Comme ces constructions d'arbres sont émouvantes, mais aussi, comme elles sont accablantes ! Au temps de ma jeunesse on découvrait du haut du colimaçon, un horizon assez vaste et assez plaisant vers de proches collines pleines de moissons. Maintenant les arbres ont envahi tout le champ de la vision : on est un peu plus près de leur cime, voilà tout. Ils témoignent du moins de la fécondité de cette terre et rappellent les temps anciens, où tout ce pays n'était qu'une vaste forêt, à peine pénétrable. Et puis, vraiment, rien n'est plus beau. Ah !, que je plains les régions sans arbres.
Alain Tchungui
L'ESCARGOT
(2002)
Ce n'est pas un mollusque, c'est une sorte d'édifice en verdure, un labyrinthe de charmille qui s'élève dans un coin du jardin public. Il est installé à deux pas de l'enclos réservé aux "tout petits", mais il est en fort piteux état. La charmille est pelée, galeuse, rare. On y voit surtout les fils de fer qui la soutiennent. Depuis longtemps, "le colimaçon" ne figure plus dans les guides, même s'il connaît un succès certain auprès des enfants qui jouent à courir vers son sommet en se perdant dans le labyrinthe des allées. Aujourd'hui, on l'appelle "l'escargot". Les mères restent en bas, un peu inquiètes à l'idée de ne pouvoir suivre des yeux leurs bambins d'un bout à l'autre de l'ascension. Un peu inquiètes, aussi, de savoir que pour gagner sur les aînés, les plus jeunes vont chercher à tricher en se faufilant à travers les buis décharnés, au risque de s'écorcher ou déchirer leurs vêtements. Le péril n'est pas grand, mais les conséquences le sont, qui gâcheront une fin d'après-midi tranquille. Les pères montent. Pour jouer avec leurs enfants, pour voir le panorama, pour échapper, surtout, à la monotonie d'une promenade familiale. Et c'est une course poursuite échevelée dans les chemins circulaires qui se croisent et se recroisent de tour en tour. On court, on crie, on appelle, on se guette, on tend des embuscades, on se bouscule pour gagner une place, on pleure parce qu'on est tombé ou parce qu'on est vexé et on parvient en haut, sur la plate-forme, heureux d'avoir joué à l'enfant. Avant de redescendre, on salue de la main ceux qui n'ont pas voulu monter et dont la présence, tout compte fait, est essentielle au bonheur de l'instant. Une fois en bas, les plus jeunes racontent l'ascension, puis on reprend la promenade dans la large et belle allée des rosiers, à moins qu'on ne retourne une énième fois dans l'enclos des "tout petits" jouer au toboggan et dans la "cage à écureuils". Les adultes termineront la promenade en observant la noce du jour, réunie devant les parterres de bégonias pour la photo d'ensemble, et les arbres rares, dont plusieurs sont classés parmi les plus beaux de France malgré les dommages causés par la grande tempête de décembre 1999. Les enfants, eux, courront de bassin en bassin pour nourrir les poissons. L'après-midi s'épuise ainsi, quiet et reposant.
La couverture a été réalisée par Mathieu Pasquini
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Licence : Creative Commons by-nc-nd
ISBN : 978-2-35209-074-8
Catégorie : Romans / Nouvelles
123 pages au format 141x226mm (Papier 80g)
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